• Cathline Smoos

Le sexe dans le futur : Vaut-il mieux crier "Au secours" ou "A l'abordage" !?

Mis à jour : 3 janv 2019


Quand on parle de nos bijoux de famille, soit on se la joue Castafiore soit Capitaine Haddock ! La peur de la perte a mis notre société sans dessus-dessous, et si les robots remplaçaient les humains ? Je dirais même plus, et si nous étions tous des robots ?


Et si avant de nous gargariser avec nos angoisses, nous réfléchissions autrement ? Qu'avons nous finalement à gagner en terme de sexualité quand on pense au futur ? Et le saurons nous vraiment avant d'y avoir mis les pieds ?



Quel futur pour la sexualité et sensualité ?


L’angoisse face aux nouvelles technologies et à l’externalisation des propriétés dites « humaines », n’est pas nouvelle, comme nous le rappelle Michel Serres, philosophe.

L’angoisse entre transmission orale et transmission écrite induite par l’avènement de Gutenberg, des imprimantes et des grandes bibliothèques avait déjà été un changement massif générateur de réflexions concernant un potentiel dépassement personnel face à la masse d’informations que ce changement promettait.

Leibniz au 17ème siècle s’inquiétait :

« Cette masse horrible de livres que personne ne peut dominer va nous ramener la barbarie et pas la culture ».

L’angoisse de perte face aux changements massifs, cumulé avec une vision dichotomique du monde nous empêche de penser en termes de gain et de prévenir les risques, enfermant le débat dans des peurs et des « et si jamais », des risques certes mais malheureusement imprévisibles.


Comme le propose très bien John Danaher, lorsque nous sommes face à l’incertitude du futur, nous avons tout à gagner à nous focaliser sur nos valeurs fondamentales, et à faire évoluer la science et la technologie en adéquation avec celles-ci plutôt que de concentrer nos forces intellectuelles autour des conséquences positives ou négatives d’une telle avancée technologique.


Créons le futur que nous souhaitons, en développant des contenus qui nous permettront de nous libérer, au même titre que les livres imprimés nous ont permis de nous libérer de l’écrasante obligation de tout mémoriser, créant ainsi un espace de réflexions et d’observations.

De nos jours il est « inutile » de tout savoir par cœur, nous nous sommes libérés de la peur de la perte de connaissances, car nous savons que nous pourrons retrouver ces informations en un clic sur Google.


L’angoisse concernant la sexualité, la sensualité et les nouvelles technologies est avant tout une angoisse concernant la déshumanisation. Il y a en effet des risques d’enfermement, d’accentuation de l’absence de communication entre les hommes, entre l’homme, la nature et le monde, de perte de soi dans l’univers virtuel, puisque il a été prouvé que rester trop longtemps avec un casque de réalité virtuelle nous rendait moins attentif et réactif face au monde réel environnant. Mais « Il existe pourtant une conjonction de paramètres sociaux, esthétiques, neuroscientifiques et anthropologiques, qui laisse espérer, au contraire, que l’expérience sensorielle au travers des casques de réalité virtuelle sera à même de bouleverser la hiérarchie des sens telle qu’elle prédomine dans les civilisations occidentales. Ce bouleversement conduirait alors les utilisateurs à renouer avec tous leurs sens, y compris les plus négligés, modifiant en profondeur leur manière d’être au monde. »


C'est finalement un peu la même chose qui nous est arrivé avec l'avènement du téléphone portable : certains s'enferment pendant des heures à scroller (faire défiler) leur écran, d'autres au contraire l'utilisent avec parcimonie. Ce qui est sûr c'est qu'aujourd'hui, grâce à cet outil formidable, nous nous sommes aussi rapprochés, au delà des frontières.

Pendant qu'ils jouaient dans le salon, je m'éclipsai 10 minutes pour répondre à un appel groupé Messenger, Maryam à Madison (USA), Jérémy à Melbourne (Australie), Finn à Berlin (Allemagne) et William dans la ville très très très reculée de Montbéliard (France) et moi-même à Lyon, tout ça pour... un forfait internet classique. Impensable il y a 10 ans, et pourtant.

Dans tous les cas, la nouvelle technologie a envahi nos vies pour le meilleur et pour le pire. Quelques années après ce BOOM technologique nous créons des contenus éducatifs qui visent en partie à limiter les risques d'isolements, de harcèlements, ou d'arnaques, nous apprenons peu à peu à nous adapter à celle-ci, à la maîtriser.


En matière de sexualité, je reste partagée, surtout concernant les robots sexuels ou IA affective, j'ai à ce jour un méli-mélo de questions "et si nous perdions notre humanité ? et si cela favorisait les violences sexuelles et les stéréotypes de genre ? et si plus personne n'essayait d'aller l'un vers l'autre ? Oui mais, et si cela réduisait le trafic humain ? Et si cela pouvait libérait certains humains du poids du "devoir conjugal" ? Et si cela nous permettait de nous ouvrir à un autre type d'empathie ? Et si cela permettait à certains de mes patients de s’entraîner pour leurs exercices d'éjaculation prématurée ? ou d'autres de les libérer de la tristesse dévastatrice de ne pas trouver un(e) conjoint(e) pour un temps, juste celui de prendre confiance en eux, ou pour tout une vie si ils en sont satisfaits ? Et si, et si, et si, et surtout...


Et si nos fantasmes devenez réalités ?


Nous sommes tous enclins à une certaine perversion affective et sexuelle, que nous essayons de contenir ou de sublimer, en utilisant cette énergie créatrice dans d’autres activités, « le besoin de sensualité a beau être exprimé de différentes façons, il échoue souvent face à des angoisses plus profondes. La vulnérabilité de la chair, par exemple, menacée par la maladie et la déchéance, nous terrifie, étouffant le désir de jouissance et refermant l’individu sur lui-même ».


Les nouvelles technologies peuvent permettre à certains individus de renouer avec eux même grâce par exemple à la mise en scène de leur pulsionnalité dans un monde virtuel, dont la nature et le contenu seront nécessairement le reflet authentique de la mémoire affective, fantasmagorique d’un individu, de son affiliation culturelle et sociale, « C’est une simulation psychomotrice qui jette un pont entre les possibles du virtuel matriciel et les singularités de l’actualisation agissante. »


Alors j'ai posé la question à mon entourage...


Imaginez, un monde où nous pourrions "faire l'amour" avec des monstres, des Pokemon, des étoiles, des milliers de personnes, des canapés, des dragons, des pommes de terre, un cyclope unijambiste, des arbres, l'océan, avec la ceinture d'Orion, des gladiateurs, des sultan(e)s, tout ça dans l'espace, dans des pays différents, dans les nuages, un avion, dans une fusée, sur un chameau, dans une grotte sous-marine, au milieu des requins, dans une fourmilière, en haut d'un baobab, dans la conopée de la forêt Amazonienne, sur un goéland qui fait son exode, sur le dos d'une libellule, dans la zone 51, en apesanteur, sur les anneaux de saturne, dans l'accélérateur de particule du boson de Higgs, dans un nid d'oiseau, sur un tourne disque géant, dans une noix de coco, ou même dans le pot au feu de mamie !


Heureux soient les Fêlés, car ils laisseront passer la lumière ! (Michel Audiart)



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