• Cathline Smoos

Attache-moi si tu peux !

L’histoire d’une véritable shibari, sans Léonardo Dicaprio


Dans les années 1900, le jeune Ito Seiu est passé maître dans l’art du Kinbaku bondage, allant jusqu’à dérouler 2,5 millions de mètres de cordes et à figurer sur la liste du FBI (Fédération Bondage Internationale ? ). Véritable caméléon, Ito revêt des identités aussi diverses que celles d’artiste, photographe, pratiquant. Kate Smoos, agent de la sexologie à l’apparence décomplexée, fait la traque de Ito et des adeptes du Bondage, sa mission prioritaire, transmettre une vision plus juste et moins stéréotypeé d’une pratique pendant longtemps insaisissable…


Le Bondage qu’est-ce que c’est ?


Ce matin je rencontre Justin, un jeune adepte du bondage qui souhaite développer l’art Shibari sur Lyon, en ouvrant le deuxième centre de « La place des cordes » initialement présent sur Paris (Cyril Grillon).

Il nous explique un peu plus précisément, ce qu’est le bondage :
« Le bondage est le nouage de cordes sur un corps. Il provient du Japon […] Il  y a autant de manière de pratiquer le bondage que de personnes qui le pratiqunte. Alors évidemment, cette pratique est très connotée BDSM, mais il y a des tonnes d’autres manières de la percevoir. ».

Il existe deux termes pour définir l’art du bondage : le terme Shibari est très utilisé en France et signifie « attacher », il a un sens esthétique et méthodique, le terme Kinbaku renvoie évidemment à la notion d’attache mais lui confère aussi un aspect émotionnel, disons que la différence entre les deux termes se trouve au niveau de l’intention qui se cache derrière l’acte d’attacher.


Fais-moi vibrer les cordes vocales


Le bondage c’est avant tout un langage, un échange avec l’autre avec comme médiateur principale : la corde. La corde est donc un outil qui vous permet de vous relier à l’autre, un outil qui vous colle à la peau, et dont chacune des traces laissées sur le corps est le témoin de l’expérience sensorielle vécue. C’est Juliette, pendant notre initiation au Shibari qui nous l’explique :

« La tension, c’est un point sacré du bondage, si tu lâches la corde tu abandonnes ton partenaire, il faut maintenir le lien avec l’autre et pour cela une manipulation précise va te permettre de transmettre des messages, des vibrations, des pressions, et de l’émotion. La corde c’est une sorte de vecteur relationnel.»

Evidemment il faut aussi être capable de communiquer ce que l’on ressent, si une corde vous fait mal ou si vous appréciez une pression plus qu’une autre, cela contribuera évidemment à ce que votre expérience soit la plus agréable possible et la plus adéquate à vos désirs.

Dans les cordes, tu racontes une histoire, tu communiques avec l’autre, tu peux tout autant dominer, que célébrer l’autre, tu peux même lui donner une illusion de grandeur, te faire tout petit à côté.

Puisque la communication passe essentiellement par le corps, il convient donc d’être attentif aux réactions corporelles de l’attaché, les frissons, les mimiques faciales, la respiration, les cris ou rires. Plus vous aurez l’habitude de pratiquer les cordes avec quelqu’un plus vous serez à même de vous comprendre, et donc de vous surprendre avec plaisir.


Un shoot en corde de jutes


Bon d’accord, au départ on vous a vendu le bondage avec son aspect relationnel, mais ne nous mentons pas, si cette pratique se démocratise de plus en plus, c’est forcément qu’il y a un intérêt physique à tout ça.

« Avec le bondage, on se défonce, c’est un shoot 100% Bio »

Pour l’attacher, on vous promet une bonne décharge d’endorphines. En effet, la douleur amenée progressivement libère cette hormone, proche de la morphine auto-sécrétée, elle permet de supporter la douleur. C’est la même hormone que sécrète les grands sportifs, les rendant quelque peu accro au dépassement physique.


Jeanne, l’interprète ainsi :
« Après une séance de bondage, et principalement au moment de la détache, j’ai l’impression d’obtenir un cocktail de sensations physiques, chaud, froid, frissons, euphorie et/ou calme et surtout un état de défonce comme si je venais de fumer plusieurs joints, c’est très bizarre et addictif ! Parfois je me prends d’énormes fous rire, c’est comme si je ne contrôlais plus trop mon corps, mais d’une manière positive » !

Pas étonnant de rencontrer des adeptes du Shibari, sourire aux lèvres, spéculant sur l’euphorie d’un hypothétique bonheur à venir dans les cordes !


Pour l’attacheur (dit le « Rigger »), les sensations sont un peu différentes, elles se caractérisent par une décharge d’adrénaline. Concentré au maximum sur son modèle, ses réactions et l’histoire qu’il veut lui transmettre, le Rigger se voit téléporté lui aussi dans un monde de sensations, où concentration, abandon, complicité et émotions se disputent la vedette.


Bienvenus dans un monde parallèle


La physique quantique nous parlait déjà de la théorie des cordes, des petits morceaux d’espaces unidimensionnels, qui vibreraient comme des cordes de violon et les différents modes de vibration permettraient de produire les différents types de particules. L’univers serait-il lui aussi adepte de Bondage ?


La pratique du Shibari nous plonge dans un univers parallèle où le Rigger et le modèle forment un nouveau couple pour un instant donné. Chaque mode de vibration des cordes, chaque geste, chaque manipulation, transmet des messages uniques afin de transporter le couple de cordistes au septième ciel.


Le bondage, a ce petit quelque chose qui lui permet de se renouveler à chaque instant, de par les personnes qui le pratiquent, des intentions, et des différentes utilisations que l’on peut en faire : artistique, performative, BDSM, érotique, poétique, spectaculaire, ou intime. A vous finalement, de créer votre univers.


Quelques conseils


N’achetez jamais des cordes de mauvaises qualités : typiquement les packs FiftyShade vendu dans les sex-shops ne sont absolument pas adaptés à cette pratique !

Le consentement, ainsi que l’écoute de votre partenaire est évidemment essentiel. Ne pratiquez la suspension, que dans un milieu sécurisé en ayant par avance pris des cours. De plus une bonne connaissance de l’anatomie est essentielle afin d’éviter les accidents (perte de sensation physique, paralysie d’un membre ou mort).


En effet, la pratique du bondage, reste une pratique à risque, il est donc très important d’avoir toutes les clefs en mains pour la pratiquer en sécurité, pour cela vous pouvez vous tourner vers des professionnels, qui sauront vous donner toutes les informations pour swinguer dans les cordes.


La place des cordes (Paris et Lyon)



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