• Cathline Smoos

Plongée immersive en eaux profondes : le virtuel peut-il être réel ?



L’immersion

L’immersion sensorimotrice, cognitive, et physique fait apparaître une conscience virtuelle : l’individu se sentant intégré à l’environnement virtuel, acquiert un sentiment de présence.


Dans notre projet cyberesthésique expérimentale InBedWithOcean, l’objectif est donc d’amplifier le sentiment de présence par la qualité du dispositif immersif


La sexualité au-delà de sa conception comme activité pulsionnelle et humainement relationnelle devient, grâce à des dispositifs technologiques créant des images, et des sensations, un vecteur d’expériences virtuelles nouvelles.


Pourquoi choisir une immersion interactive plutôt qu’in-vivo ?


Tout d’abord parce qu’ il est rarement simple d’aller voguer en pleine mer, mais aussi parce que l’objectif de cette performance expérimentale se base sur une sensualité augmentée par technologie.


Ici l’objectif est donc bien d’interpréter les données océaniques et de les retransmettre par les objets de stimulation sexuelles, mais aussi de développer notre imaginaire, qui n’est pas toujours basé sur la réalité tangible de la nature, mais de symboliser celle-ci via des appareils technologiques récents.


Les mondes graphiques dynamiques mis en scène dans la réalité virtuelle, les pistes audio phoniques 360°, ou encore les vestes haptiques, ont certes comme concept central l’immersion, mais elles ne sont pas strictement dépendantes du réalisme des mondes, c’est aussi un espace projectif qui s’offre à nous.


La réalité virtuelle, est un moyen et non pas une finalité en soi de développement de notre sensualité, et de notre sexualité. Il est prouvée que la réalité virtuelle induit des états affectifs, comme par exemple l’empathie.


Comme l’explique Jeremy Bailenson, la réalité virtuelle est très intense, elle permet de vivre une expérience que le cerveau traite comme réelle malgré sa virtualité. Cette expérience permet de modifier des comportements, des préjugés et des croyances. C’est ce que les projets « BeingInSomeoneStep » ont pu mettre en avant,

« When something bad happens to someone else we blame the character, when the same things happens to us, we blame the situation, and most of the people do this all time, so we try to help them to have more empathy. Being in the step of someone else you can see, change behavior, reduce prejudice, and people are more helpfull after » Google Speech (Youtube).

Selon Benoît Virole, dans son article Panorama et enjeux des mondes numériques

« le virtuel nous force à changer de modèle de compréhension et à abandonner des catégories anciennes – tel le réel, l’imaginaire et le symbolique- qui ne peuvent plus être efficientes dans cet espace nouveau. […] c’est un autre type de sociabilité qui est générée, des familles survivent à l’éloignement grâce au portable, des couples se créent sur internet »,

et d’autres types de sensualités et de sexualités émergent.


Associer InBedWithOcean et la réalité virtuelle, nous permet non seulement de favoriser l’immersion, mais de faire émerger une nouvelle forme de sensualité et de sexualité : les relations cyberesthésiques.


Les sextoys connectés, quant à eux, permettent de créer la liaison entre cet univers intangible qu’est l’océan et la réalité tangible de notre corps. Sans leur utilisation, notre performance se situerait uniquement dans l’univers fantasmagorique, or nous avons à cœur de « connecter » avec l’objet du fantasme.



Si cette performance, s’expérimente dans un monde virtuel comment peut-elle être réelle ?


Le clivage entre le virtuel et le réel compose le paysage des débats actuels. Cependant, cette opposition radicale repose sur une erreur langagière.

« étymologiquement, virtuel est issus de virtualis « qui est puissance », lui-même dérivé de virtus « vertu », « caractéristique distinctive ». Le virtuel, c’est la potentialité, à laquelle ne s’oppose nullement le réel mais bien la mise en acte, l’actualisation. En toute rigueur philosophique, depuis Aristote, le virtuel ne s’oppose pas au réel mais bien à l’actuel. » (Sylvain Missonnier).

Réalité et virtualité forment une “hybridation”, elles s’entrelacent dans un cadre de création et d’expérimentation, le virtuel est une anticipation du réel, une projection de celle-ci, la virtualité peut s’apparenter à toutes pensées anticipatoires, d’un événement ou d’une construction et de notre lien avec celui-ci, je m’imagine avec l’objet final de ma création entre les mains, je m’imagine ayant cette discussion avec untel.


Nous sommes constamment plongée entre le virtuel et le réel, les frontières sont brouillées, seul l’actuel les sépare. Avec les système d’immersion, les frontières deviennent de plus en plus flou, puisque notre cerveau et notre corps physiques, interprètent l’expérience virtuelle comme réelle et donc actuelle.


Dans le virtuel immersif, par exemple dans SecondLife, nous exacerbons nos facultés avec une intensité supplémentaire (Tisseron, 2008, p.19). Dans la fiction, l’homme explore la possibilité de vivre des émotions vraies dans des situations qu’il sait être fausses, c’est par exemple le cas lors du visionnage d’un film. Grâce aux avancés des nouvelles technologies, cette expérience de vécus s’ouvrent aussi sur la possibilité de vivre des sensations physiques grâce à la complémentarité entre technologie haptiques et l’activation des neurones miroirs.


La réalité virtuelle est un simulacre de la perception du corps, mobilisé avec ses sens et ses représentations, d’où l’importance de travailler en amont la symbolisation de l’océan à la fois singulière à chaque individu et nourri par un imaginaire collectif.


Notre expérience permet de faire fusionner l’imaginaire et la réalité, et nous permet de mettre en scène une sexualité et une sensualité qui s’amourache de la nature dans une virtualité réelle. C’est en quelque sorte l’essor d’une culture fantasmagorique puissante, et les technologies qui l’accompagnent nous permettent de créer une impression de profondeur.


Alors vous êtes prêt à plonger avec nous dans cette expérience ?



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